Les centres de formation d'apprentis en risque "d’asphyxie", selon la Fnadir

Les baisses des dotations régionales aux centres de formation d’apprentis aggravent leur situation économique, déjà dégradée. 58% d’entre eux envisagent de fermer des filières.
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Annoncées fin mai et entérinées par un arrêté (lire notre article), les nouvelles coupes de dotations versées par l’État aux régions au titre de leur soutien au fonctionnement et à l’investissement des centres de formation d’apprentis suscite l’indignation.

A la dénonciation de ce "nouveau cap" dans le désengagement de l’État, dénoncé par Joël Fourny, président de la tête de réseau des Chambres des métiers et de l’artisanat CMA France, s’est ajoutée la réaction de la Fédération nationale des directeurs des CFA (Fnadir) qui déplore un "point de rupture", en particulier pour les CFA les plus fragiles. 

Dans les colonnes de la Nouvelle République, le président de la région Centre Val-de-Loire, François Bonneau, a déclaré ne pas être en capacité de compenser la baisse de l’enveloppe de l’État. Toutes régions confondues, la dotation fond de 88% en passant de 134 millions d’euros à seulement 33 millions d’euros pour 2026. 

Les petits CFA plus exposés

Cette enveloppe "permet de maintenir l’équilibre de nombre de CFA, sur des métiers fragiles ou en tension. Ils n’ont plus de filet de sécurité", déplore le président de la Fnadir, Jean-Philippe Audrain, réclamant une rencontre avec le ministre du Travail "dans les meilleurs délais". 

Selon lui, ce sont surtout les CFA comptant quelques centaines d’apprentis, en zone rurale ou dans des quartiers sensibles, qui sont les plus exposés à ces coupes budgétaires. Ces organismes comptent sur ces fonds pour régler des factures, ou ont lancé des ordres de service en anticipant le versement de dotations, selon la Fnadir.

Fermetures de filières

Cette mauvaise nouvelle précipite un risque "d’asphyxie", selon la Fnadir. Sur 220 de ses CFA adhérents interrogés en avril 2026, 41% étaient déjà déficitaires en 2025 et 56% ont déclaré qu’ils le seront en 2026. 17% ont ou prévoient un plan social dans leur établissement. 24% disposent de moins d’un mois de trésorerie et 36% de moins de deux mois. 65% des CFA interrogés envisagent une réduction de l’offre et 58%, des fermetures de filières, notamment "en tension".

Selon une étude d’Orcom réalisée en mars 2026 et faisant l’analyse approfondie des comptabilités 2023 à 2025 de 50 CFA, le taux de marge a été divisé par cinq en un an, passant de 5% à 1%. Des niveaux de prise en charge des contrats d’apprentissage – de l’ordre de 7% sur cet échantillon – se sont conjugués à des charges opérationnelles en hausse de 2 à 7%, ainsi que des charges immobilières "en forte progression".  

Entre 2021 et 2024, les coûts par contrat versés aux CFA afin de couvrir leurs frais pédagogiques ont reculé de 9%, selon France compétences (lire notre article). Et depuis 2024, le nombre de contrats d’apprentissage reflue. Dans ce contexte et bien qu’elle reste "globalement neutre sur le plan financier" d’après France compétences, la nouvelle campagne de révision des financements des CFA (les niveaux de prise en charge ou NPEC), qui va aboutir sur de nouveaux montants cet été, inquiète la Fnadir. 

Une délibération du conseil d'administration de France compétences, publiée le 4 juin au bulletin officiel, permet aux branches professionnelles de moduler de 30%, à la hausse ou à la baisse, les financements des CFA selon les formations, mais en respectant un "strict cadre de soutenabilité financière".

   

Localtis 8 juin 2026