Dans l’Indre, les Journées Nationales d’Action contre l’Illettrisme (JNAI) sont toujours l’occasion de réunir de nombreux partenaires et bénéficiaires autour de la thématique de la maîtrise des savoirs fondamentaux. La force du territoire ? Pouvoir compter sur le collectif d’acteurs "Badgeons le 36".
En 2024, c’étaient déjà près de 50 personnes qui s’étaient retrouvées pour découvrir le premier badge construit par le collectif. Les organismes s’étaient aussi déplacés lors de l’évènement régional du 19 septembre 2024, à Orléans, porté par l’Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme (ANLCI) à destination des entreprises. A cette occasion, les Espaces Libres Savoirs (ELS) de l'Indre avaient pu tenir un stand de promotion de leurs travaux.
Une manifestation organisée par le collectif "Badgeons le 36"
En cette année 2025, le 9 septembre, c’est dans une salle de formation du quartier Vaugirard de Châteauroux que le collectif, sous la houlette de Corinne Machard, animatrice ELS du chef-lieu de l’Indre, accueille un groupe de 16-25 ans avec leur accompagnatrice de la Mission Locale. Présents au rendez-vous, les organismes suivants : GRETA Centre-Val de Loire, Infrep 36, ACM Formation, les formations de l’AP et Assofac. Ainsi que le Centre de Ressources Illettrisme et Analphabétisme (CRIA).
L’après-midi est placée sous le signe des jeunes, car – slogan de l’édition 2025 des JNAI – "apprendre, c’est reprendre le contrôle". Pendant une bonne heure et demie, le groupe a pu découvrir l’outil d’évaluation "Eva", expérimenter les activités du badge n° 2 produit par le collectif et participer à plusieurs quiz ludiques. Par l’intermédiaire de ces activités, ils peuvent ainsi se faire une idée de comment ces organismes peuvent les accompagner dans le cadre des formations financées par la Région Centre-Val de Loire. L’objectif pour les organisateurs ? Créer du lien avec ce public, et pouvoir proposer des solutions de formation adaptées.
Plutôt à l’aise avec le numérique (quasiment tous ont un portable à la main), ces jeunes disent rapidement être intéressés par des formations pour mieux maîtriser la langue française. A l’écrit, comme à l’oral. Pour pouvoir gagner en autonomie dans leur vie quotidienne et évoluer dans leurs projets professionnels.
Valoriser les compétences des apprenants
Le badge n° 2 du collectif gagne ses premiers galons. Construit autour de plusieurs modules, dont "découvrir ma ville", "prendre soin de ma santé" et "découvrir le site France Travail", il propose une étape supplémentaire dans la reconnaissance des compétences des apprenants. Nous assistons à la démonstration du module sur la santé. Très complet, il permet de tester les connaissances des publics et de détecter les endroits où ils ont besoin d’être guidés. C’est aussi un prétexte pour identifier les manques de maîtrise sur les savoirs fondamentaux.
Les jeunes sont volontaires. Timides au départ, ils se laissent embarquer. Première étape qui permet de briser la glace : la qualité de l’accueil. Sur ce point, le Berry est à la hauteur de sa réputation. "On est bien reçu ici" glisse un participant.
"Pour ma part, je me mets à leur niveau", témoigne un formateur. "J’essaie de comprendre leur vie, de trouver des points d’accroche et de développer des connexions avec ce qu’ils aiment. Par exemple, aujourd’hui, j’ai discuté de cinéma et de jeux vidéo avec un des jeunes. Nous avons trouvé un tas de points communs !". Résultat ? "Il était enchanté, il avait des étoiles plein les yeux" atteste l’accompagnatrice de la Mission locale.
"La clé, c’est de valoriser les compétences qu’ils ont déjà", continue le même formateur. "En opérant ainsi, on dévoile des choses formidables" renchérit Nicole BLOT, la responsable du CRIA. Elle partage l’expérience d’un groupe qui, en travaillant sur les connaissances acquises, avait découvert parmi ses membres des compétences insoupçonnées, comme – et ce n’est pas rien : conduire un ULM ! "Certains apprenants se révèlent. Ils découvrent des compétences et prennent de la confiance. Il est difficile d’exprimer ce qu’on sait faire, et tellement plus facile de dire ce qu’on ne sait pas faire !".
Concernant les compétences de base, plusieurs badges ont été délivrés dans le cours de la journée. "Je suis très fier", nous dit un jeune homme, tout sourire, qui vient d’en valider un. Objectif atteint !
Avancer concrètement sur l’illettrisme
Au-delà du plaisir du moment, l’enjeu est bel et bien d’avancer concrètement sur le sujet de l’illettrisme. Comment ? Le premier travail est de déconstruire les représentations. Et elles sont nombreuses !
Pendant l’après-midi, nous avons pu en parler par l’intermédiaire d’un jeu de cartes proposé par l’ANLCI (adapté d’une création du CCFD-Terre Solidaire) qui s’intitule "Un pas en avant". Grâce à ce jeu, animé par Nicole BLOT, nous nous sommes retrouvés projetés dans le quotidien de personnes en possible situation d’illettrisme. Surtout, nous avons apprivoisé nos stéréotypes.
La qualité de l’expérience a été décuplée grâce à la présence de Séverine, ambassadrice de la Chaîne des Savoirs. "Même quand on a un diplôme, cela ne signifie pas qu’on maîtrise les compétences de base. Les personnes ne s’imaginent pas. On peut désapprendre." témoigne-t-elle.
En partant, nous nous sommes donné rendez-vous pour les prochaines manifestations dans l’Indre. Cette année, une pépite a lieu à Nohant, le 11 septembre 2025. L’évènement "sur les pas de George Sand" propose une visite de la maison de la célèbre écrivaine sur le thème "éducation, instruction et émancipation". Suivra une lecture à voix haute des ambassadeurs de la Chaîne des Savoirs, décidément les meilleurs représentants pour parler d’un sujet qu’ils maîtrisent.
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